… Au fur que les ans s’amoncellent, Roger Dérieux s’allège en peinture. Les formes restent certes, substantielles mais elles deviennent allusivent au point qu’elles se métamorphosent en signes. Hier, elles emplissaient le regard pareilles à des choses captives d’un désir de fixer ce qui échappe : maintenant il fixe l’indiscernable, part visible de l’invisible. Du moins, sans rien renier de ce qui fait le lien avec le tangible, est-il en passe de fouler des seuils encore inconnus de lui. Ainsi, à la marche de cettre décennie où la peinture, d’abord fragmentée, éclatee se disperse dans des directions opposées, - sans parler des réminiscences sans fin ressassées et solubles en une mode qui chasse l’autre - persiste , malgré qu’on en ait, un art de probité, en quoi subsiste une veine intacte d’innocence. C’est cet esprit qui fait , des collages, de petits miracles de subtilité généreuse offerts à la sagacité des visiteurs de cette rétrospective. Puisse, Roger Dérieux, nous réserver, longtemps encore, de ces moments où l’émerveillement de l’heure le dispute à la vérité qui est sienne.


Paris, avril 1990. Extrait de la préface du catalogue de l’exposition Dérieux au Château Musée de Tournon sur Rhône.