Indifférent à la mode, indépendant de caractère, Dérieux suit lentement mais sûrement son chemin de création, qui atteint avec les collages en question un registre plus grave, plus intime, loin désormais et si près pourtant de son oeuvre figurative des décennies antérieures. En ce sens, Roger Dérieux, dont le père était poète et qui lui-même a toujours aimé la poésie (sa présence à Cheyne n’est pas un hasard), parvient à un idéal de peinture qui est aussi un idéal de poésie : c’est à dire que le texte comme le tableau travaillent à leur propre compte, ont pour objet leur sujet même. Cette recherche, désormais entièrement tournée sur elle-même, est nécessairement un aboutissement : on ne peut aller plus loin. En cela,Dérieux ne “s’allège” plus en peinture : il est devenu sa propre peinture. Il est devenu “la” peinture et rejoint ainsi le panthéon des grandes figures de cet art, celles dont les noms, à l’instar des villes de Dérieux, ne sont plus que des anecdotes s’effaçant derrière la composition, l’oeuvre qu’on admire, et qu’on continuera d’admirer demain dans les plus grands musées.

 

Laurent Meunier

Le Dauphiné Libéré, 13 juillet 1995.