L’émergence du collage dans le vocabulaire de Dérieux au cours des années 1970 n’a donc rien, on l’aura compris, d’une facilité de langage ou d’une concession d’époque. Après la mort du sujet, la mort de la peinture faisait alors presque loi. Déconstruire, détruire tout ce qui pouvait relever de l’ancienne pratique, en finir avec l’art bourgeois, c’était presque un mot d’ordre. Quand il évoque lui-même ce nouveau départ, Dérieux n’est pas aussi vindicatif, parle de “nécessité intérieure”, reconnait sa dette envers les assemblages de Kurt Schwitters et n’omet pas de signaler que ses paysages de villes, ses vues de toit en damiers ouverts sur l’indéterminé, annonçaient cette métamorphose, travaillaient à cette conversion. Voià près de vingt ans que Dérieux à l’instar du Matisse des papiers collés dessine dans la couleur avec le sentiment, croyons-le, d’être parvenu au “ pur domaine” des valeurs plastiques. Car c’est en peintre qu’il procède et continue à interroger les possibilités de la peinture, sa capacité d’action sur l’imaginaire et la pensée.

 

Stéphane Guégan

Extrait de la préface au catalogue de l’exposition de Roger Dérieux au Musée Vivarois César Filhol, a Annonay, 9 juin - 9 septembre 2001.